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ARTICLE DU 05/04/2001
Le Piton de la Fournaise s'était bien mis en veilleuse mardi (notre édition d'hier). Les scientifiques au cours d'une sortie sur le terrain, puis plusieurs témoins dans la soirée nous avaient fait part de leurs observations selon lesquelles l'activité semblait brusquement décroître au fil des heures. Dès mardi en fin d'après-midi, les projections s'étaient largement espacées, au point qu'en approchant le site, on pouvait douter de marcher sur les flancs d'un volcan en éruption !
* Le piton Tourkal
L'observatoire volcanologique a baptisé piton Tourkal, hier, le cône formé lors de l'éruption du 27 mars. Tourkal est un mot d'origine indienne et désigne les deux vases où brûlent la braise et l'encens.

Le volcan s'est rendormi

Eruption déjà terminée au piton Tourkal


Le trémor qui constituait la signature de l'activité a disparu des tracés des sismographes au cours de la nuit, à 4 heures exactement hier matin, moment à partir duquel sont apparus ces événements violents que les volcanologues désignent du vocable anglais "gas piston events": il s'agit de dégazage brutaux du cône, typiques des fins d'éruption, qui retentissent parfois comme de véritables coups de canon dans l'enclos. Une centaine d'entre eux ont été enregistrés jusqu'à 6 h du matin, heure à laquelle ils ont à leur tour disparu, signe de la fin de l'activité.

Des mouvements de magma plus profonds ?


Eruption terminée donc ? Sans doute. Mais les scientifiques de l'observatoire volcanologique, tenus en haleine depuis la fin février par une crise qui n'en a pas fini d'aboutir, se montrent vigilants. Ils vont d'ailleurs continuer à assurer des gardes 24h sur 24 jusqu'à vendredi. Mais surtout, ils vont surveiller de nouveaux séismes qui sont apparus hier. Détectés à 2 kilomètres de profondeur sous le sommet du volcan, entre le niveau de la mer et 500 mètres d'altitude, ces événements dits basse fréquence pourraient indiquer des mouvements de magma lents dans cette zone. Mais les chercheurs de l'observatoire qui émettent cette hypothèse ne veulent pas s'engager davantage sur cette voie dans l'immédiat, faute de données suffisantes.
L'éruption du 27 mars n'a-t-elle mis en jeu que des poches de magma superficielles, elles-mêmes sollicitées par des mouvements d'origine plus profonde ? C'est possible lorsque l'on sait qu'un réseau très complexe de fractures se dissimule sous le massif du Piton de la Fournaise : nappe phréatique, gaz issus du magma et magma lui-même y séjournent dans un fragile équilibre que de nouveaux apports remettent sans cessse en question. Il suffit parfois de peu de choses pour que cet équilibre soit rompu et que se déclenche une éruption.
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UNE ÉRUPTION "HORS NORMES"


En vingt-cinq ans d'observation au Piton de la Fournaise et sur une quarantaine d'éruptions, on n'en compte qu'une seule ayant duré huit jours : celle du 27 février 2001 qui vient de s'achever. Huit d'entre elles ont duré entre 6 et 48 heures seulement. Ensuite, la durée minimale monte à deux semaines (13 jours exactement, en juillet 1999). En fait, la majorité des éruptions, au Piton de la Fournaise, dure plutôt près de trois semaines en moyenne. Et le créneau 25-40 jours est bien rempli dans la chronologie établie depuis 1977. Sans parler, évidemment, de "l'éruption du siècle", en mars 1998, qui a vraisemblablement établi un record avec ses 196 jours.
Par ailleurs, l'éruption de mars 2001 aura prouvé, si besoin était, que la durée des crises prééruptive n'a pas de lien avec la longévité de l'éruption elle-même: malgré un mois d'attente sous le régime de la préalerte et de l'alerte 1, elle aura déçu les espoirs de ceux qui pensaient pouvoir aller encore l'admirer ce week-end !

François Martel-Asselin