ARTICLE DU 02/06/03
Le piton de la Fournaise le sait, il n’a pas besoin de répandre des torrents de lave pour que l’on parle de lui. La petite éruption de vendredi terminée en quelques heures a pourtant suscité autant de curiosité que les plus importantes manifestations du géant.
Une éruption d’une grande discrétion

Pas de Bellecombe, samedi en milieu d’après-midi. Le massif du volcan est noyé dans un brouillard humide qui colle à la peau. Deux gendarmes montent la garde auprès du géant assoupi dissimulé derrière un rideau de nuages. Quelques courageux ont bravé la “farine” de pluie mais ils ne verront rien. Le piton de la Fournaise fait sa coquette.
L’éruption de vendredi au cœur du plus grand des deux cratères qui coiffent le volcan, à plus de 2 500 m d’altitude, le Dolomieu, est de celles qui avant l’installation de l’observatoire volcanologique seraient peut-être passées complètement inaperçues. Sans la présence de quelques touristes privilégiés (voir notre édition d’hier) elle ne serait restée dans les mémoires que sous la forme de traits de couleurs accentués sur les sismographes de l’observatoire.
Et si la bête ne s’était pas complètement endormie ? Espoir fou qui justifie une descente dans l’enclos et l’ascension du cône principal, juste au cas où. Au pied du pas de Bellecombe, on est déjà trempé. Le Formica Léo dessine ses contours fantomatiques. Traversée au pas de charge de l’enclos, pas même un coup d’œil à la Chapelle de Rosemont avant d’attaquer la sévère pente qui conduit en lisière du cratère Bory. Talonné par le crépuscule qui s’annonce, on s’efforce de hâter le pas. A mesure que l’on s’approche du sommet flotte dans l’air une odeur de soufre. Le volcan s’est assoupi mais il respire toujours.
Les dernières lumières du jour sont féeriques. Vers l’ouest, au-dessus d’une mer de nuages, le ciel se teinte de jaune orangé. Nous ne verrons rien d’autre. La nuit est sur nous. Dans l’obscurité, à la lueur des frontales, les doigts gourds montent une tente sur un sol de rocaille. Une soupe avalée, chacun se glisse dans son sac de couchage. Le sommeil vient en pointillé. Au petit matin, c’est le froid qui nous réveille.
Le décor est planté. Le vent a chassé le brouillard. L’enclos est à nos pieds. Au dessus du Dolomieu monte un épais nuage de vapeur. Il témoigne seul de la récente éruption.
En s’approchant prudemment du bord du rempart défendu par de profondes failles, on découvre le film figé de l’éruption de vendredi.
Les laves fraîches ont eu le temps de tapisser sur une large surface le fond du Dolomieu. Difficile de savoir d’où sont parties les coulées en lisière du rempart. Un épais panache de vapeur enveloppe le site. Vu du fond, le Dolomieu déroule ses tapis de laves cordées sur lesquels se dressent en sentinelle des cônes aux constructions étranges. Il est temps de songer au retour. Les nuages commencent à jouer à cache-cache avec le soleil. Un long chemin nous attend mais on rêve déjà à la prochaine éruption en espérant que cette fois le Piton de la Fournaise se montrera plus généreux comme il nous y a habitués par le passé.
Alain Dupuis adupuis@jir. fr

• Accès à l’enclos toujours interdit
Si l’éruption de vendredi a bel et bien pris fin après en tout et pour tout trois heures d’activité, un record pour les trois dernières décennies au moins, les capteurs sismiques enregistraient toujours hier soir un “résidu” de trémor. Raison pour laquelle l’observatoire volcanologique a maintenu tout ce week-end encore une permanence 24 heures sur 24, qui pourrait être levée aujourd’hui si le calme persiste. L’accès à l’enclos reste pour l’instant interdit.