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ARTICLE DU 08/06/03
Fin de l’éruption ou plutôt simple répit, comme après le feu d’artifice du 30 mai ? Vendredi en fin d’après-midi, pour la seconde fois en une semaine, l’activité du volcan a en tout cas brutalement décliné, les projections de lave cessant d’un coup . Mais le monstre
respire toujours.

L’éruption marque une pause, l’observatoire volcanologique reste sur ses gardes

Nouvelle attente au piton de la Fournaise


La réouverture au public de l’enclos du volcan a été annulée in extremis, vendredi soir, au moment où débutait le long week-end de la Pentecôte. Alors que l’ONF avait aménagé un belvédère sur le bord du cratère Dolomieu le matin même, à la demande de la préfecture, cette dernière a dû décommander les festivités : un brutal regain du trémor éruptif et l’émission d’un épais et persistant panache gris-noir au-dessus du cratère, pendant plus d’une heure, entre 17 h 20 et 18 h 30 environ, avaient tout l’air de constituer les signes précurseurs d’un possible phénomène explosif, comme il s’en est déjà — mais rarement — produit au piton de la Fournaise (notre édition d’hier).
“La montée du trémor a été vertigineuse, souligne Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique. Et l’incertitude sur la situation étant trop grande alors que l’information sur la réouverture de l’enclos allait passer aux journaux télévisés du soir, j’ai préféré pour une fois conseiller à la préfecture de maintenir la décision de fermeture”.

Une nouvelle phase éruptive : pas impossible

Même si les techniciens restent maîtres dans leur spécialité, la règle veut en effet que l’autorité administrative prenne elle-même toutes les décisions qu’elle estime souhaitables pour garantir la sécurité du public. Les techniciens, eux, se bornent en principe à émettre un avis purement technique propre à éclairer son jugement sur les risques possibles. Et ce qui vaut pour l’observatoire volcanologique s’applique également à Météo-France en matière d’alertes cycloniques par exemple.
Le témoignage en direct du terrain de plusieurs envoyés de l’observatoire, qui ont immédiatement alerté par radio le scientifique de permanence à Bourg-Murat, a corroboré les indications fournies par les capteurs sismiques. Sans attendre, ils ont pris le chemin du retour : “Les projections sont devenues de plus en plus importantes, rapporte Aline Peltier, étudiante en géologie en stage à l’observatoire. Et puis ça s’est arrêté d’un coup. Le panache qui sortait du cône en éruption était assez impressionnant. Lorsque nous sommes rentrés au pas de Bellecombe à la nuit tombée, on le voyait encore.”
Un phénomène à caractère explosif semblait beaucoup moins probable hier. Le panache de vapeur qui flotte au-dessus du Dolomieu avait retrouvé sa couleur blanche. Une reconnaissance aérienne, le matin avec la section aérienne de la gendarmerie, a confirmé l’arrêt de l’activité de surface, plus aucune projection n’étant visible. En revanche, quelques coulées progressaient encore. La lave avait envahi un peu plus que la veille le plancher du cratère Dolomieu, déjà recouvert sur plus d’un tiers de sa surface (carte dans notre édition d’hier).
Peut-être le regain de trémor et le panache de cendre observés vendredi soir étaient-ils dus en fait à un simple colmatage de la cheminée d’alimentation du cône éruptif, suite à un effondrement, et entraînant une surpression dans l’édifice ?
Une fois de plus, l’attente est le meilleur moyen d’en savoir plus… Eruption véritablement sur sa fin ou simple répit ? Cinq jours s’étant écoulés entre les deux premières phases des vendredi 30 mai et mercredi 4 juin, il n’est pas interdit de l’envisager.
Et l’observatoire volcanologique continue d’assurer une veille vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures auprès de son protégé.

François Martel-Asselin


L’accès à l’enclos du piton de la Fournaise reste interdit au public jusqu’à nouvel ordre.