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ARTICLE DU 23/06/03
Le volcan s’est une nouvelle fois réveillé au cours de la nuit de samedi à dimanche. Mais la météo, exécrable, n’a guère permis d’approcher les cratères, enfouis dans les nuages jusqu’à 16 heures. Et l’enclos, resté ouvert au public, n’a eu qu’une poignée de visiteurs hier.

Le grand boucan du Piton Kaf

Cette quatrième phase éruptive consécutive depuis la fin du mois de mai dans le cratère Dolomieu donnait des signes de faiblesse dès la fin d’après-midi, hier. Elle s’annonçait au moins aussi brève que les précédentes qui n’avaient guère dépassé les 48 heures. L’observatoire volcanologique a vu s’écrire, dans la nuit de samedi à dimanche, un scénario grossièrement identique à celui du vendredi 13 juin. Après la fin de l’activité, dès le samedi 14 au soir, silence. La sismicité a repris ensuite, en début de semaine pour augmenter au fil des jours, en quantité et en intensité. Peu avant 23 h 30 samedi soir, loin des flonflons de la fête de la musique, un séisme un peu plus important a été enregistré et, dans les minutes suivantes, un trémor est apparu, correspondant vraisemblablement au début de la sortie du magma.
Contrairement aux phases éruptives précédentes, où un pic de trémor avait été très rapidement observé, la montée en puissance a été cette fois très lente, et se poursuivait au cours de la journée lorsque vers 15h 30 le trémor a commencé à diminuer. Une diminution notée une nouvelle fois vers 19h, pour, vers 20 heures redevenir stable.
Une tentative de survol du sommet dans la matinée, par l’hélicoptère de la gendarmerie, n’a permis aucune observation, en raison du mauvais temps. Une reconnaissance à pied a donc été entreprise en milieu de journée par l’observatoire volcanologique : le piton Kaf, baptisé la semaine dernière, était bel et bien le théâtre de ce nouveau feu d’artifice, le quatrième en trois semaines, après les trois premières phases des 30 mai, 4 et 13 juin. Mais il s’est laissé désirer : comme un fantôme, il s’est contenté, avec ses gerbes de feu, d’apparaître au milieu des nuées… Hier soir, on ne voyait plus que des coulées rouges dans le cratère Dolomieu et une bouche qui projettait sporadiquement des lambeaux de lave tandis que quelques promeneurs frigorifiés s’apprêtaient à rentrer vers le pas de Bellecombe.

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L’accès à l’enclos autorisé
Activité éruptive est souvent synonyme d’interdiction d’accès à l’enclos du volcan. Néanmoins, une fois n’est pas coutume et c’est heureux, la préfecture a décidé de maintenir l’enclos ouvert, l’activité semblant bien circonscrite cette fois encore au cratère Dolomieu, et aucune contre-indication ne venant pour l’instant troubler la sérénité des lieux.
On peut donc randonner vers le sommet du volcan, non sans qu’il soit inutile de rappeler ici les précautions d’usage : les marcheurs habitués à arpenter l’île n’ont peut-être pas grand-chose à y apprendre, mais le public simplement attiré par le spectacle du volcan en éruption et peu familier de la montagne réunionnaise doit être informé des difficultés de ce qui n’est pas une simple balade. A plus de 2 500 mètres d’altitude, l’ascension du sommet du volcan, de difficulté classée moyenne pour des habitués de la randonnée, peut se révéler éprouvante pour des marcheurs occasionnels en raison de la distance (environ 10 km aller-retour, soit environ cinq heures de marche, hors arrêts), du dénivelé (près de 600 m), de la forte pente et du terrain souvent ingrat (voir la page randonnée dans notre édition d’hier). La température au lever du jour peut descendre en ce moment entre 5° et 2° et, même sous le soleil, elle ne dépasse guère les 10° en journée. Le vent peut entraîner des chutes de températures plus importantes pour peu que la pluie s’en mêle. A noter enfin que les prévisions météo pour ces jours-ci, en raison de la présence d’un puissant anticylone au sud de la Réunion, ne donnent rien de très encourageant…

François Martel-Asselin


• ÉQUIPEZ-VOUS CORRECTEMENT
Il est déconseillé d’entreprendre l’ascension du volcan par mauvais temps : ne mettez pas votre santé, voire votre sécurité en jeu. De surcroît, vous ne verriez sans doute rien du tout. Ne surestimez pas vos capacités dans cet environnement où la météo peut subitement réduire vos forces (et votre moral…) à néant !
Équipez-vous comme pour une randonnée en montagne : vêtements chauds, imperméables, bonnes chaussures de marche sont indispensables, ainsi que bien sûr ravitaillement et eau. Bonnet et gants ne sont pas un luxe. Une lampe s’impose en cas de retour tardif.
• POUR VOIR L’ÉRUPTION
La route du volcan est en très mauvais état sur certains tronçons de la piste en terre. L’éruption est invisible du pas de Bellecombe ou de tout autre point de vue sur les pourtours de l’enclos.
On peut monter au sommet du volcan par le sentier de la Soufrière (le moins dur) à gauche, après la chapelle de Rosemont. Un belvédère a été aménagé près de l’arrivée au sommet du cratère Dolomieu, matérialisé par l’ONF. Reste à savoir si les tresses de chantier ont résisté aux intempéries. Surtout en cas de nuages ou de brouillard, restez sur le balisage, ne vous aventurez pas vers le bord du cratère dont on distingue alors mal les contours : de nuit, lors d’une éruption, en 1984, un Portois avait été victime d’une chute mortelle dans le cratère Bory.
Fragilisées par les éruptions successives, les parois du Dolomieu, surtout en surplomb du piton Kaf, au sud-ouest du cratère, sont souvent instables et ses bords sont entaillés d’importantes fissures. Conformez-vous aux indications portées sur les panneaux de l’ONF.
Enfin, l’accès à l’intérieur du cratère Dolomieu est interdit de façon permanente par un arrêté préfectoral datant de 1992. On peut également monter au sommet du volcan par le cratère Bory, mais le meilleur point de vue reste celui de la Soufrière, qui fait face au piton Kaf.