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ARTICLE DU 17/10/03
Le volcanologue français Jean-Louis Cheminée, responsable des observatoires volcanologiques français, dont celui du piton de la Fournaise, décédé dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer (notre édition d’hier), était l’un des grands noms de la volcanologie dans le monde.

Jean-Louis Cheminée, l’un des grands de la volcanologie mondiale


Jean-Louis Cheminée s’est notamment distingué en appliquant “pour la première fois les techniques les plus modernes de la chimie à l’analyse des magmas et des volcans”, souligne-t-on à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP).
Il a par exemple utilisé le déséquilibre dans les chaînes de désintégration de l’uranium, du thorium et du potassium pour suivre à la trace les changements subis par les magmas lors de leurs trajets souterrains et a mesuré de manière fiable la composition des gaz volcaniques.
Né le 7 mars 1937, diplômé de l’École normale supérieure (ENS), docteur ès-sciences, Jean-Louis Cheminée avait entamé sa carrière en 1963 au Laboratoire de géologie de l’ENS, avant de rejoindre l’IPGP en 1980.
Chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), détaché à l’IPGP, il était directeur des observatoires volcanologiques de l’Institut, président de l’Organisation mondiale des observatoires volcanologiques et premier vice-président du Comité national français de géodésie et géophysique.
En 1967, il avait mis sur pied une série d’expéditions pour étudier le volcanisme dans la dépression Afar (Djibouti et Éthiopie). En Éthiopie, il avait alors découvert, à 50 km de la frontière érythréenne et 400 km de Djibouti, l’Erta Alé, un des trois volcans au monde à présenter, probablement depuis 1873 au moins, un lac de lave permanent.

Le dernier voyage

Cette passion pour l’Erta Alé ne le quittera jamais et, en 2002, il prend la tête d’une mission internationale destinée à étudier ce volcan resté inaccessible durant plusieurs décennies en raison des conflits armés quasi permanents dans cette région de l’Afrique. Miné par la maladie, il renoncera cependant à accompagner l’expédition qui se déroulera sur plusieurs semaines, en mars 2003, et en cédera la responsabilité à l’un de ses collègues.
De 1973 à 1976, Jean-Louis Cheminée avait participé à la mission franco-américaine Famous, qui lui avait permis de reconnaître les traces de l’activité volcanique des dorsales océaniques. De 1980 à 2003, il s’était occupé des volcans sous-marins du Pacifique. Il avait été un des premiers à assister à une grosse éruption sous-marine, celle du volcan Mac Donald.
Jean-Louis Cheminée était l’auteur de 70 articles publiés dans des revues internationales et de cinq ouvrages. Son aisance devant la caméra et ses qualités pédagogiques en avaient fait un scientifique fréquemment invité dans les émissions consacrées à la volcanologie.
À la Réunion, c’est l’un de ceux grâce auxquels l’observatoire volcanologique a pu voir le jour (en 1979) et se développer au fil d’un partenariat mis en place avec le conseil général à la suite de l’éruption de Piton Sainte-Rose, en 1977. Son nom est aussi largement associé à la création de la Maison du volcan. Sa disparition touche les scientifiques de l’observatoire et de l’université et tous ceux qui l’avaient approché sur le volcan, tant il était apprécié pour sa simplicité et sa disponibilité.

F.M. -A. (avec l’AFP)



Volcanologue Physicien à l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Jean-Louis Cheminée était victime d'un mésothéliome, un cancer de la plèvre spécifique, dû à l'amiante.
Il aurait été exposé à l'amiante dès 1968 "lorsqu'il a commencé à travailler dans le sous-sol de Jussieu avec d'autres ingénieurs. Il est resté dans ce bureau jusqu'en 1972." Il a ensuite intégré un autre bureau à l'étage. Or pendant cette première période, une partie du campus de Jussieu avait été floquée à l'amiante pour la protection incendie. En 1974, le problème de la pollution de l'amiante sur le site est découvert. Des travaux de désamiantage débutent. Sur le plan national, des arrétés et décrets sont pris afin d'interdire le flocage dans les habitations et bâtiments.
En 1994, se crée le comité anti-amiante de Jussieu. L'interdiction de l'amiante en France est annoncé début 1997. Des travaux de désamiantage sont décidés la même année. En 1999, le comité recense 59 personnes reconnues en maladie professionnelle, liée à l'amiante, dont 4 décédées de cette maladie.
Le projet de déménagement sera abandonné pour s'orienter vers la poursuite du désamiantage et de la réhabilitation de Jussieu. Le chantier se poursuit.

Alerter l'opinion.

A travers le cas de Jean-Louis Cheminée, la famille souhaite alerter l'opinion publique sur les risques de l'amiante. "Des gens viennent encore dans les locaux dangereux. La maladie ne se déclarant que 30 ans après l'exposition aux poussières d'amiante, il faut que les personnes exposées soient conscientes du danger et se fassent examiner par un médecin."

M.C. BERNARD (Centre Presse du 18/10/2003)