L’apparition, hier matin, d’un trémor qui “signe” habituellement l’arrivée en surface du magma a fait croire un moment aux volcanologues au début d’une éruption. Cet élément nouveau associé à un important dégazage confirme cependant la présence de magma à très faible profondeur sous le Dolomieu. Le déclenchement d’une éruption est plus que jamais d’actualité, mais son échéance reste difficile à préciser.
L’alerte 1 interdisant l’accès à l’enclos a été réactivée par la préfecture.
Les scientifiques de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise ont bien cru hier matin que cette fois on y était. Notre volcan semblait s’être décidé à entrer en éruption. Aux crises sismiques à répétition était venu s’ajouter un élément nouveau, l’apparition d’un trémor. Un trémor volcanique correspond à l’enregistrement par les sismographes des vibrations continues présentes au niveau du volcan. Ces vibrations très rapprochées sont provoquées par la montée du magma depuis la chambre magmatique et les chocs qui l’accompagnent, elles annoncent donc une éruption imminente. Le trémor peut durer quelques minutes à plusieurs jours. La fréquence du trémor varie généralement entre 1 et 5 hertz. Le trémor représente un outil fiable pour la prévention volcanologique car son apparition signale aux volcanologues l’imminence d’une éruption. Le trémor se produit tant que du magma remonte de la chambre magmatique, de quelques minutes à plusieurs jours. Ce sont ces symptômes qu’enregistrent à partir de 10h15 hier matin le réseau de surveillance de l’observatoire. Il est centré au sommet, et très certainement, d’après les appareils de mesures, dans le Dolomieu. Le trémor est au départ faible et variable, il gagne en puissance puis s’affaiblit. L’épisode se termine à 11h30. Dans l’après-midi, l’observatoire enregistre une reprise du tremor qui s’affaiblit de nouveau en fin d’après-midi. À bord de l’hélicoptère de la gendarmerie, Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, effectue une reconnaissance sur le terrain. Il survole le cratère principal mais ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du cratère principal on n’observe aucun écoulement de lave. Le trémor enregistré ne semble pas avoir conduit de magma jusqu’en surface dans le Dolomieu. La reconnaissance aérienne permet tout de même d’identifier un très important dégazage de dioxyde de soufre (SO2) au cœur du Dolomieu. Pour les volcanologues, “l’enregistrement de trémor sismique et le dégazage de SO2 suggèrent la présence de magma à très faible profondeur sous le fond du Dolomieu. Une éruption imminente reste possible dans les heures ou les jours à venir.” À 11h30, la préfecture décide de passer du stade de vigilance à celui de l’alerte 1 du plan de secours spécialisé volcan. L’accès du public à la partie haute de l’enclos du Piton de la Fournaise est interdit jusqu’à nouvel avis. Rappelons que même en dehors de toute phase de vigilance ou d’alerte, l’ascension du sommet demeure interdite. Après les crises sismiques qui ont rythmé notamment le mois d’août dernier, l’apparition d’un trémor marque une nouvelle étape décisive dans le processus qui devrait conduire à une éruption dont l’échéance reste difficile à préciser en raison des bouleversements intervenus dans le massif du piton de la Fournaise depuis la fin de l’éruption d’avril 2007.
A.Dupuis
Un massif bouleversé Le 6 avril 2007, le sommet du volcan est affecté par un effondrement majeur, accompagné de l’ouverture brutale d’un gouffre de 350 mètres de profondeur, d’un volume estimé de 150 millions de mètres cubes. Depuis, les éboulements continuent de se produire de manière plus ou moins importante : 297 pour le seul mois d’août. “Notons qu’une grande partie du bord du Dolomieu reste toujours dangereuse en raison d’éboulements possibles, souligne Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise, dans son dernier bulletin d’activité. L’affaissement de certaines parties du bord est encore à craindre, en particulier du côté nord entre la Soufrière et Bory, et sur toute la partie sud entre le Bory et le plateau de Dolomieu Sud.” Ce n’est que la partie visible d’un bouleversement en profondeur au cœur des entrailles du géant. “Jusqu’à présent, indique Thomas Staudacher, les choses étaient relativement claires. Après une crise sismique et des gonflements du massif, nous avions une éruption. Depuis l’effondrement du Dolomieu, nous sommes dans une phase d’observation sans avoir une ligne de base à long terme, comme c’était le cas depuis dix ans entre 1998 et 2007. L’effondrement du Dolomieu, le premier d’une telle ampleur, a entièrement bousculé le massif du piton de la Fournaise et a brouillé l’interprétation des signes que le volcan nous transmet.”
Des crises sismiques à répétition
En janvier dernier et tout au long du mois d’août, les appareils de mesures de l’observatoire n’ont cessé d’enregistrer des séismes. Rien que pour le mois d’août, trois crises sismiques ont eu lieu, les 4, le 15 et le 31 août sous le sommet légèrement au-dessus du niveau de la mer. Au total, 1 804 séismes ont été enregistrés par le réseau de surveillance de l’observatoire dont 332 d’une magnitude comprise entre 1 et 2, et 22 d’une magnitude supérieure à 2. Autre point établi, le piton de la Fournaise “gonfle”. “Les variations enregistrées sur les stations GPS permanentes depuis le début de l’année 2008 étaient faibles et montraient un mouvement continu de déflation plus ou moins radiale, explique Thomas Staudacher. Depuis le début août, la tendance s’est clairement inversée, avec un mouvement d’inflation net. Le piton de la Fournaise est actuellement en phase d’inflation. Cette inflation est encore faible, avec plusieurs centimètres horizontalement. La variation verticale n’est pas encore très nette et reste dans le bruit à long terme. Fait important, l’inflation est vue aussi bien au sommet qu’à la base du cône central. Ceci peut être expliqué par une réalimentation profonde.” Encore dans la nuit de lundi à mardi, les appareils du réseau de surveillance de l’observatoire ont enregistré entre 23h38 et 1h20 une nouvelle crise sismique avec plusieurs centaines de séismes.