Tout là-haut, sur le volcan, Yves Picard attend patiemment l’arrivée des touristes. Malgré la neige, il a choisi de laisser son gîte ouvert au public. Mais personne, ou presque, n’a accès à la route depuis samedi matin. Une atmosphère bien calme comparée à l’effervescence de vendredi soir, à l’heure où tombaient les premiers flocons de neige.
Gîte du Volcan, samedi après-midi. L’ambiance est bien calme en comparaison à l’effervescence de vendredi soir. Yves Picard, le patron de la maison, attend sereinement les quelques touristes qui ont réservé une chambre pour la nuit. “Vendredi, nous avions une quarantaine de touristes qui restaient dormir là. Ils ne se doutaient pas, évidemment, de ce qui allait se passer. Quand la neige a commencé recouvrir la cour, c’était incroyable : ils sont tous sortis dehors. Le froid, la nuit, la neige, et ces quarante touristes qui commençaient à chanter “Petit papa Noël” … C’était comme un mois de décembre en métropole : exceptionnel !
De la vraie neige, pas du givre
C’est vers 16 h, vendredi, que sa fille, Myris, a vu tomber, par la fenêtre du gîte, des flocons qui devenaient de plus en gros à mesure que le temps passait. “Elle n’avait jamais vu de neige auparavant, confie son père. Il a fallu qu’une touriste de métropole lui confirme que ce n’était pas du givre”. Les premiers curieux sont arrivés en voiture 17 h 30. “Il y avait au moins 5 cm de neige sur la route. La situation est devenue plus dangereuse quand les voitures sont arrivées en masse. Dans la descente de la Plaine des sables, certains ont commencé à paniquer. Il y en avait qui allumaient leur feux de détresse. Moi-même, j’ai dérapé à certains endroit avec ma camionnette. Le sol était complètement givré. D’ailleurs, dès 20 h, on a reçu un fax du préfet pour annoncer la fermeture de la route”.
Difficiles à décourager, certains ont su trouver une alternative pour déjouer les barrages de gendarmes, une vingtaine de kilomètres plus bas. Comme ce couple de randonneurs qu’Yves Picard voit arriver au fond de la cour. Partis de Bourg-Murat, six heures plus tôt, par le GR 2, ils pénètrent dans le gîte, le visage marqué par la fatigue. Ce sont les premiers clients depuis ce matin. Et peut-être les seuls en cette journée de samedi, à en croire le nombre de personnes qui ont dû rebrousser chemin à cause du froid. “C’est vrai que cette neige est un manque à gagner, confie Yves Picard. Mais elle nous a offert un spectacle qu’on n’aurait pu voir qu’en métropole. J’en ai parlé avec le fils d’Alfred Picard, l’ancien et célèbre guide du volcan. Il m’a dit que jamais, de mémoire de Réunionnais, on avait vu ça”.
Coralie Cochin